
A 28 ans, La Fouine figure parmi les stars du hip hop français. Retour sur le parcours d’un rappeur d’origine marocaine qui n’a pas la langue dans sa poche.
Tourné intégralement à Casablanca, le dernier clip de La Fouine est actuellement en rotation sur les chaînes TV françaises. “C’est la première fois que je tourne dans la ville d’origine de mes parents, et j’ai tenu à montrer que Casablanca ce n’est pas juste la corniche et les Twins”, explique l’artiste. Promesse tenue, puisque le clip de Banlieue sale musique (en featuring avec le rappeur Nessbeal, également d’origine marocaine) montre surtout l’ancienne médina, là où une partie de la famille de La Fouine habite encore. C’est là aussi que le rappeur vient décompresser plusieurs fois par an : “J’ai besoin de me ressourcer ici. Quand je suis venu au Maroc pour la première fois, en 2004, j’ai réalisé que tout était mieux que ce que je m’étais imaginé”. Pourquoi, alors, n’est-il pas venu plus tôt ? “Pour des raisons familiales”, se contente t-il de justifier. Mais entre le rappeur et le Maroc, c’est depuis toujours une grande histoire d’amour.
Le rap, la banlieue, la prison
Né le 25 décembre 1981 à Trappes, dans la banlieue parisienne, La Fouine, alias Laouni Mouhid, est le premier de ses frères et sœurs à voir le jour en France. Ses parents, Fatima et Ahmed, venaient de quitter Casablanca depuis seulement quelques mois, accompagnés de leurs cinq enfants. Et même si elle ne retourne pas régulièrement au Maroc, la famille Mouhid reste très attachée à son héritage marocain. “A la maison, nos parents nous interdisaient de parler français. Ils ne voulaient pas qu’on finisse par perdre notre arabe”, se rappelle l’artiste. L’enfance de La Fouine est d’abord paisible, bercée par la musique qu’écoutent ses parents et ses grands frères et sœurs. Très vite, le petit Laouni développe une oreille musicale et un intérêt pour les instruments de musique. Résultat, son père l’inscrit au conservatoire de Trappes. Il y entre à huit ans et apprend le solfège, le chant, le piano, le saxophone, la batterie, et se découvre une grande passion pour la guitare. Lorsqu’arrive l’adolescence, le futur rappeur commence à s’éloigner du foyer familial, qui connaît de sérieux problèmes financiers. Il s’aventure alors dans la cité : c’est le début des fréquentations douteuses et des fugues. C’est à cette époque que “les grands frères du quartier” le surnomment “La Fouine”, parce qu’il est “curieux et rusé”. Il découvre le rap américain (Tupac, Snoop Dogg) et également français (NTM, IAM…). Mais à partir de 16 ans, c’est l’escalade, et l’adolescent enchaîne les allers-retours entre les foyers et la prison.
Hip hop salvateur
Lorsqu’il sort de prison à 21 ans et qu’il apprend qu’il va être père, Laouni décide de prendre sa vie en main. Il se lance alors dans la vie active. Il décroche de petits boulots à droite et à gauche, mais n’oublie pas le rap, qui reste sa plus grande passion. Avec l’aide de deux amis, il enregistre son premier maxi, qu’il envoie à plusieurs labels et maisons de disques. “Je ne me faisais aucune illusion, je faisais du rap par passion. Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour j’allais pouvoir en vivre”, commente La Fouine. Pourtant, le tournant s’opère en 2003. La maison de disques Sony BMG lui offre un contrat. Parallèlement, il est embauché par la mairie de Trappes et devient médiateur auprès des jeunes en difficulté. La Fouine sort tout d’abord une mixtape intitulée Planète Trappes volume 1, dans laquelle il reprend des morceaux classiques de hip hop US. C’est en 2005 qu’il montre réellement ce qu’il a dans le ventre, avec Bourré au son, un premier album très prometteur. Le succès arrive deux ans plus tard et couronne son troisième opus, Aller-retour. Les radios et télévisions françaises passent en boucle les singles Reste en chien (en featuring avec Booba), Qui peut me stopper ?, ou encore Regard là-haut. Ce dernier morceau, écrit en hommage à sa mère décédée quelques mois auparavant, dévoile une nouvelle facette du rappeur. La Fouine prouve avec cet album qu’il peut aussi bien exceller dans le rap “à la sauce américaine gangsta” que dans le hip hop “moins bling-bling et plus profond”. “Je pense sincèrement qu’il y a des morceaux de rap qui sont fédérateurs, pouvant toucher un public très large. C’est ce qui a d’ailleurs fait le succès de IAM ou NTM”, analyse La Fouine.
Over bling-bling
Et c’est sûrement ce qui explique sa propre réussite. Ses morceaux ont séduit la France, et pas seulement celle des cités. Pour preuve son dernier album, sorti en février 2009 et certifié double disque d’or dans l’Hexagone. Un opus qui a par ailleurs cartonné en dehors des frontières françaises : aujourd’hui La Fouine se produit en Russie et dans une dizaine de pays d’Afrique. Mais jamais au Maroc. La raison ? “On ne me l’a jamais proposé, c’est tout”, répond le principal intéressé. Vraiment dommage, puisque des fans, le rappeur en a au Maroc. “Lorsque je me balade à Casablanca, beaucoup de jeunes viennent me demander pourquoi je ne fais pas de concerts ici”, confirme-t-il. C’est peut-être pour bientôt, maintenant qu’il a enregistré un titre en featuring avec Bigg, qui apparaît sur Byed O K7al, le nouvel album de ce dernier. Quoi qu’il en soit, La Fouine ne s’endort pas sur ses lauriers : il vient de sortir une nouvelle mixtape, intitulée Capitale Du Crime vol.2, en attendant la sortie de son prochain opus, fin 2010. Tout cela sans oublier le cinéma, qui attire énormément le rappeur, surtout depuis qu’il a joué l’an dernier dans Banlieue 13 Ultimatum, de Luc Besson.
Quand on le presse de questions, La Fouine finit par lâcher : “Franchement, le plus important ce n’est pas d’être une star au Maroc, mais de s’y sentir à l’aise quoi qu’il arrive”. Bien dit.
Phénomène. La diaspora du rap
Depuis quelques années, les rappeurs d’origine marocaine cartonnent en France. Outre La Fouine, des artistes comme Nessbeal, Axiom ou encore Kamelancien ont réussi à se faire un nom dans le monde musical hexagonal. Nessbeal, qui compte déjà trois albums à son actif, est depuis quelques temps perçu comme le nouveau Joey Starr (NTM). A l’instar de son ami La Fouine, il se rend régulièrement au Maroc, même s’il n’a encore jamais été sollicité pour un concert. Relativement moins connu, le rappeur lillois Axiom, de son prénom Hicham, a marqué l’actualité lors des émeutes de 2005, en envoyant une lettre ouverte à Jacques Chirac en forme de chanson, à laquelle l’ancien président a tenu à répondre. Quant au rappeur Kamelancien, originaire d’Oujda, il a longtemps été considéré comme un rival de La Fouine, avant d’annoncer qu’il se retirait du monde de la musique en 2008. L’univers des DJ hip hop réussit également aux artistes issus de la diaspora marocaine : DJ Abdel et Cut Killer sont de véritables références dans le milieu. Le premier a été remarqué dans l’émission Nulle part ailleurs de Canal +, avant de devenir DJ résident sur Fun Radio et NRJ. Quant à Cut Killer, il a même réussi à s’exporter aux Etats-Unis, où il anime les soirées de stars américaines comme 50 Cent ou Eva Longoria.
source:telquel-online.com